vendredi 22 février 2019

Santé mentale et précarités, un enjeu de politique locale


La situation de précarité d'une personne peut être définie comme un appauvrissement de sa capacité d'être en relation. Les relations entretiennent une dynamique d'échanges, de par émotionnel, de responsabilisation et de créativité. Lien, attachement, affiliation, appartenance, alliance désignent quelques canaux de cette vie relationnelle. Lorsque cette dernière s'affaiblit, l'être humain s'étiole et devient prisonnier de son propre isolement. C'est une source de grande souffrance psychique et morale. La précarisation concerne aussi les groupes d’appartenance des personnes. On peut parler de familles et de tissu social précarisés.
      
Les causes de basculement vers la précarité sont multiples : sociale (chômage...), financière, liée au handicap, à la maladie, à un drame personnel. Ces causes sont souvent associées et le problème de la précarité présente plusieurs dimensions.

D'après de nombreux observateurs, les problèmes liés aux précarités sont en augmentation. Ils concernent la santé psychique et physique, l'isolement social, des formes d'adaptation marginale, l'incivilité, les conduites addictives…



La marchandisation progressive des rapports sociaux associée à l'individualisme, la crise de sens que traverse notre société occidentale affaiblissent la cohésion sociale et renforcent les formes de précarités par des mécanismes d'exclusion basés sur des représentations trop clivées. Le regard que nous portons sur les personnes précarisées est un aspect très important du problème. Comment penser des dispositifs et des politiques d'intervention qui les aident à restaurer leur sentiment de dignité subjective ?

Les questions posées par la précarité constituent des enjeux de société, ceci aux différents niveaux de pouvoir, mais aussi pour chacun d'entre nous solidaire du bien commun.

        Sortir de la précarité nécessite de disposer de ressources personnelles pour rebondir avec l'aide d'un environnement favorable (réseau familial, voisinage, aides accessibles). Mais cette
 précarité est souvent associée à une fragilité psychique de base voire à des problèmes psychiatriques. Des mécanismes de survie, mis en place très précocement dans la petite enfance, empêchent le déploiement des ressources relationnelles pour rebondir.

De manière difficile à comprendre certaines personnes précarisées sont attachées à leur état parce qu'elles y trouvent une identité qui les protègent d'une dépression profonde ou de l'effondrement. Le plus souvent les mécanismes de protection invalidants coexistent avec un désir et un espoir de retrouver un sentiment de dignité personnelle, de redevenir acteurs de leur vie, de recréer des relations. Une aide psychologique est souvent nécessaire.

Le domaine de la "santé mentale" peut, par des offres diversifiées et ajustées, contribuer à répondre aux problèmes de précarité de manière préventive et curative.

L'intervention en santé mentale vise à favoriser l'intégration personnelle et le déploiement optimal des ressources relationnelles (empathie, créativité, discernement...). Elle mobilise aussi les ressources éthiques (sens de la justice, de la dignité humaine) et spirituelles (sens profond de la vie) qui sont des dimensions fondatrices de la personnalité qui ne peut se développer en dehors de liens d'affiliation, d'appartenance, de responsabilisation qui la solidarise au bien commun et au Tout qui lui donne sens.

L'aide en santé mentale doit être facilement accessible (proximité, moindre coût, cadre sécurisant, pratique adaptée). Elle doit aussi être pensée et organisée en réseau avec des acteurs (médecins, psychothérapeutes, assistantes sociales, rééducatrices, policiers, agents communaux...) dans des champs d'interventions (écoles, crèches, lieux de rencontre enfants-parents, ETA, CPAS, comités de quartier, paroisse...) différents. 

Ces deux spécificités du travail en santé mentales sont particulièrement pertinentes en ce qui concerne les personnes précarisées.

Chaque acteur est responsable de sa manière de travailler à l'intérieur de son cadre qu’il adapte pour le rendre accessible et sécurisant.  Il accepte aussi de participer à des concertations qui réunissent les intervenants de différents champs d’intervention selon les situations. 

Les personnes précarisées peuvent être associées à la recherche et à l’évaluation des aides proposées.

Tout ceci dans un double soucis. Il s'agit d'une part, d'améliorer la cohérence des diverses actions concernant une situation particulière et d'autre part de favoriser le pouvoir de cohésion positive du réseau en aidant les acteurs à percevoir la valeur relationnelle des personnes suivies sans focaliser sur leurs mécanismes invalidants qui mettent à mal les mesures mises en place. La concertation doit aider les acteurs à ne pas être pris dans des effets de clivages et de jugements qui entretiennent la problématique. Ce changement de regard, ouvert sur les ressources relationnelles des personnes, sans nier les mécanismes invalidants, nécessite un important travail de mobilisation mentale des intervenants. Les concertations aident les acteurs pris à partie dans ces problématiques complexes et très sollicitantes. Elles soutiennent le moral et font naître de nouvelles idées, fruits de l'intelligence collective. 

Les intervenants en santé mentale apportent un éclairage spécifique sur la problématique et peuvent aussi co-animer les rencontres.  Ils proposent aussi des supervisions et des intervisions.

Je pense que le niveau local est un bon niveau pour répondre aux précarités. Il facilite la proximité et permet d'agir concrètement sur la cohésion sociale.

Il s'agit de partir de ce qui existe déjà.  Le P. C. S. (Plan de cohésion sociale) est un outil important. Les réunions permettent de faire connaissance et de découvrir les offres diversifiées de l'aide sociale, dans le domaine de la santé mentale, ou d'autres champs d'interventions. Il serait judicieux d'y aborder le lien santé mentale-précarité de manière plus approfondie.  Résame (réseau de santé mentale enghiennois) pourrait être un partenaire de cette démarche.

L'appui d'une politique locale coordonnée est indispensable.  Il s'agirait de faire rentrer la problématique dans les compétences d'un échevin mais aussi de partager le souci des enjeux dans l'ensemble du collège et au niveau du conseil communal.

Les citoyens (et donc les personnes en situation de précarité) peuvent aussi y être associés sur des questions ciblées (comme cela a été le cas concernant le thème de la propreté). 

Concrètement au niveau communal, il s'agit d'être à l'écoute des acteurs de terrain, d'encourager les questionnements et les recherches, de faciliter les choses au niveau logistique (pour les locaux par exemple), de mettre les acteurs pour favoriser une dynamique de réseau, de prévoir un budget pour inviter des spécialistes, défrayer des démarches sur base bénévole, reconnaître la nécessité des réunions de concertation.

        J'invite, à l'occasion de l'échéance électorale, chaque parti et groupement de liste à préciser comment il compte rencontrer la problématique de la précarisation dans son programme.