vendredi 28 novembre 2025

 Prendre soin et se sentir responsable en Eglise

             

   L’église occidentale manque de prêtres. Ceux-ci sont débordés par les tâches à accomplir. Elles sont à la fois organisationnelles, sacerdotales et pastorales dans une société individualiste et matérialiste mais où la quête spirituelle reste très présente. Pas facile d’être prêtre dans notre monde actuel. On leur reproche de ne pas en faire assez ou d’en faire trop.


  Notre Eglise (comme notre société) est en crise et en évolution. 

L’Eglise devient plus synodale, moins strictement hiérarchisée. De très belles choses sont en train de se réaliser. Le journal Dimanche et la vie en Unité Pastorale en témoignent. De plus en plus de laïcs sont amenés (souvent bénévolement) à participer à la vie de l’Eglise. Certains s’engagent dans le diaconat.  Comme St François à San Damiano, ils entendent peut-être l’appel du Christ en croix qui les invite à « réparer son Eglise qui menace ruine ». J’exagère un peu bien sûr mais le manque de prêtres et leur fatigue ouvre un espace de participation plus active et plus profonde de la part de laïcs, hommes et femmes. C’est une occasion de renouvellement spirituel et organisationnel de l’Eglise. Une chance à saisir. Un Kairos, moment décisif à saisir de rencontre avec le Seigneur


    Je crois que les laïcs ont envie de s’engager dans la vie de l’Eglise mais qu’ils tiennent à conserver un espace de liberté pour discerner le cadre et les limites de cet engagement. Certains craignent d’être instrumentalisés et aliénés par une structure trop hiérarchisée ( et trop conservatrice).

Il est important que les laïcs se sentent autorisés à inventer (trouver) le cadre d’engagement dans lequel ils se sentent à l’aise. Ils doivent faire l’expérience de pouvoir poser leurs limites, de dire non et oui librement pour prendre soin d’eux-mêmes, se protéger. Ces expériences renforcent la confiance en soi et en l’institution. Prendre soin de soi, c’est d’abord rester a l’écoute de ses besoins profonds de sécurité. S’ils sont reconnus, il est plus facile d’accueillir ce que l’Esprit nous inspire en nous invitant à sortir de notre cadre, à déplacer nos limites au nom d’un bien commun dont les multiples visages nous invitent à la fraternité et à la rencontre.

C’est à partir de nos limites librement posées que nous pouvons nous laisser convoquer hors de notre cadre de sécurité pour nous associer à des enjeux éthiques et découvrir un espace où la Présence de Dieu nous justifie par un amour inconditionnel qui nous responsabilise, nous met en chemin.


   Essayons de mieux comprendre les mécanismes des craintes qui nous empêchent de répondre aux sollicitations de l’Esprit. De nombreux laïcs ont peur de s’engager en Eglise.

Celle-ci est communauté des croyants, Corps du Christ, témoin actif de la Bonne Nouvelle, mais elle a aussi abusé de son autorité légitime. Comme toute institution, elle cherche à pérenniser son pouvoir dans le monde.

L’Eglise a entretenu le sentiment de culpabilité et une relation de dépendance pour assurer son pouvoir (emprise?) sur les consciences. Tradition multi-séculaire infantilisante compliquant l’accès à une Foi adulte basée sur un libre consentement. Il y a les petits oui et non de la vie quotidiennes et ceux qui sont plus fondamentaux.

Le « Oui » a la relation que propose le Seigneur nous rend Vivants, désireux de partager une joie fraternelle. Le « Non » nous isole et nous rend vulnérable au mensonge, à la séduction du mal. Le « Oui » nous expose à l’inconnu. On s’y risque par la confiance en un Amour qui se révèle par et dans le Christ. Le « Non » renforce la fausse croyance en une auto-détermination dans la quête du bonheur. « L’individu » qui se sur-affirme par le « Non » au spirituel se croit autonome, il doit « gérer » sa trajectoire personnelle, il est responsable de tout. Cette croyance n’est elle pas l’une des causes du « burn out » dont on parle tant. Elle invite aussi l’individu angoissé par son propre néant à chercher des coupables (l’étranger, le mendiant qui fait tache…).

En entretenant des relations de dépendance basées sur la domination -soumission, l’Eglise n’a t elle pas  rendu opaque l’espace de liberté que Dieu nous accorde pour faire le choix de l’aimer en retour?

La vie spirituelle de nombreux chrétiens est imprégnée d’un sentiment de culpabilité continu semblable a celui des enfants qui ont peur de perdre l’amour de papa ou maman. Ils se méfient de l’Eglise en tant qu’institution.


Les prêtres, diacres et les laïcs sont maintenant plus que jamais liés par une même responsabilité.

Nous devons tous ensemble prendre soin de la Vérité que l’Eglise manifeste au monde. C’est celle de la révélation accomplie en Christ de l’amour fidèle du Père pour ses créatures. Jésus Christ, Verbe incarné, est mort sur la croix et ressuscité pour nous rendre à notre liberté, voulue par Dieu, de l’aimer en retour à travers nos frères. Le Christ libère notre capacité d’aimer des entraves du sentiment de culpabilité et de nos protections égotistes.

Il nous met debout, adultes dans la Foi.


L’engagement des laïcs et le défi lié à la diminution du nombre des prêtres doivent êtres éclairés par cette responsabilité partagée.

Se sentir autorisé à inventer le cadre de son engagement et à mettre ses limites personnelles permet de faire l’expérience, en Eglise, de cette liberté que Dieu nous accorde pour nous sentir appelés et mobilisés par son Amour.

L’obéissance est nécessaire mais elle doit être débarrassée du sentiment infantil de culpabilité.

Prendre soin de soi, des autres et de l’Eglise ne sont pas incompatibles si l’Esprit les rassemble.


                                                                      Luc Laurent

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