dimanche 31 mars 2019

Concertation sociale à Enghien

Le 20 mars 2019


    Réunion de concertation sociale à Enghien sur le thème « santé mentale et précarité »


      Nos réflexions ont été alimentées par Claire Ganzitti et Fiona Roman de Concertho. Elles ont préciser les aides, disponibles dans le réseau psychiatrique, destinées à limiter la durée d’hospitalisation et à favoriser l’intégration sociale des patients. Ceux-ci sont au centre du processus. Ils sont les  utilisateurs de différents type de dispositifs de soins et d’accueils qui se complètent et se modulent en réseau selon leurs besoins et situations (Cadre de la réforme article 107).
Concertho est un service SPAD ( Soins psychiatriques pour personnes vivant à domicile). Il est lié à une zone géographique (qui concerne jusqu’à présent Enghien). 
Ses interventions se situent au niveau du réseau. Il facilite les réunions de concertation dans des situations complexes, aide à orienter dans le réseau, organise des groupes de sensibilisation pour les professionnels...


        Claire et Fiona nous ont présenté quelques données sur l’ importance de la précarisation dans notre société en partant d’une équation toute simple mais parlante

                                                   Pauvreté =peu
                                                   Précarité =peur
  
Voici quelques réflexions étayées par les échanges qui ont accompagnés cette présentation

        La qualité d’un réseau destiné à apporter une aide aux personnes précarisées dépend bien entendu de l ‘accessibilité de services et dispositifs mais aussi (et peut-être surtout) de la qualité des liens qui existent entre intervenants et personnes concernées. Je pense que c’est la disponiblité des intervenants qui rend les services utilisables par ceux que leur problématique conduit à l’isolement et au sentiment d’exclusion.
Il me semble donc prioritaire de favoriser le décloisonnement, la collaboration et la solidarité entre nos ressources locales. Décloisonner et s’engager dans des processus solidaires ne signifie pas abonner une identité professionnelle, ni les devoirs liés à sa fonction. Il s’agit de participer à une démarche de cohésion  sociale en défendant une valeur centrale: la personne précarisée est un sujet,  pas simplement un objet de préoccupation  et inquiétude pour un  ordre social dont nous serions les représentants de première ligne.

         La qualité du travail en réseau dépend de la manière dont une place est laissée ouverte à l’expression et à l ‘écoute des besoins de la personne précarisée mais aussi à ceux des intervenants.
En effet leur disponibilité les expose aux angoisses, distorsions et échos traumatiques cachés derrière l’écran protecteur de la symptomatologie de la précarisation. Les rendez-vous manqués, par exemple, font résonner les échos douloureux de l’enfance négligée ou abandonnique de la personne précarisée. 
Le besoin psychique premier des personnes précarisées est de sentir que quelqu’un est  capable d’accueillir et d’héberger la part maudite et trop douloureuse de leur personnalité pour retrouver une dignité subjective dans la rencontre.
L’intervenant de première ligne est donc  souvent « squatté » dans son corps et sa psyché par tout ce que leurs bénéficiaires ont dû inconsciemment se cacher (dénier) sans l’intégrer, pour sauvegarder un minimum de sécurité intérieure et parfois simplement pour survivre.
      Il se protège à bon droit de multiples façons: par son statut professionnel et la distance que lui autorise son cadre de travail, par des alliances de travail avec des collègues ou en réseau, par ses ressources personnelles...
Mais face à l’excès il peut aussi se rigidifier ou s’épuiser en voulant aider coûte que coûte.
À tout ceci s’ajoute le stress lié aux conditions de travail qui deviennent plus inconfortables (gestion horaire, complexité des mandats, paradoxes...). Une partie de l’énergie des intervenants est accaparée par les formations nécessaires pour se mettre à jour, comprendre et s’approprier les changements continus présents dans leur secteur de travail.
C’est dans ces contextes très sollicitants que peuvent se produire un burnout ou des interventions qui font s’effondrer la relation de confiance entre l’intervenant et son bénéficiaire.

   Selon moi, un travail de réseau destiné à aider les personnes précarisées ne peut faire l’ économie d’une indispensable réflexion concernant les besoins de l’intervenant pour rester disponible et  garder le cap d’une éthique qui soutient la personne précarisée en place de sujet 
C’est bien sûr aux intervenants de définir leurs besoins à ce niveau (de manière individuelle et en service).

    Mon travail en institution m’a amené à reconnaître la valeur protectrice et créative du travail à plusieurs (équipe, groupes...). J’y retrouve plusieurs dimensions:
                         
              L’ intervenant a besoin de déposer ce qui le préoccupe ou le l’inquiète. Parler des situations en réunion d’équipe ou en supervision/intervision permet de se réajuster à la situation. Il s’agit aussi de décloisonner le mode de pensée, en envisageant ensemble de nouvelles approches et  s’autoriser à ne pas tout faire. Il est aussi réconfortant et valorisant de profiter de l’expérience des autres et de transmettre la sienne dans une ambiance d’intelligence collective.

             Il est aussi très important de se retourner vers Soi, d’utiliser son intériorité et de retrouver le contact avec ses valeurs fondamentales pour se recentrer, retrouver un fil à plomb et son énergie positive.
Nos sensations, intuitions, impressions nous informent aussi sur nos limites et notre équilibre intérieur. Il faut oser exprimer sa saturation et son indisponibilité pour certaines situations.
Gérer ses énergies, se ressourcer, comment faire et s’entraider?

            La précarité est un phénomène social qui nous « parle »  de la crise profonde que traverse nos sociétés et l’humanité. La réflexion sur ce sujet ne peut faire l’économie d’une contextualisation avec une dimension Politique (grand P), éthique et pourquoi pas spirituelle.
La réflexion collective  sur le bien commun, la qualité de « l’entre nous » est une ressource pour  l’intervenant, elle l’aide à s’orienter dans sa pratique, le solidarise avec des collègues en partagent les mêmes enjeux.


        Pouvons-nous à l’échelon local (Enghien et environs) concevoir des dispositifs stables, bien pensés qui allient ces différentes dimensions et qui répondent aux besoins des intervenants de première ligne confrontés à la précarité ?
Est-ce possible dans une petite ville (je pense à l’importante question du secret professionnel partagé)?
Y a-t-il une volonté politique et professionnelle suffisante pour arriver à vaincre les résistances liées aux habitudes, aux  conflits de territorialité ?
Concertho pourra peut-être nous y aider, du moins si notre bonne ville reste rattachée à sa zone géographique ( le facteur d’incertitude  kafkaïenne semble faire partie de la donne administrative du travail en réseau).










Pourquoi ce blog



          J’obtiens ma licence en sciences psychologiques et pédagogiques (ULB) en 1976. 
J’ai beaucoup apprécié mes études à l’université. À l’époque, elles alliaient méthode scientifique, approche critique et dynamique de groupe. Mai ‘68 n’était pas loin.

    Très rapidement je trouve un emploi de psychologue à l’institut Sainte Gertrude qui accueille en hébergement des enfants dits « caractériels ». Dans les années septante, les institutions jouissent encore d’une grande liberté pour innover et créer de nouveaux projets pour s’ajuster aux besoins de leurs bénéficiaires et à l’air du temps. L’institut Sainte Gertrude avait un caractère religieux et matriarcal. Nous jouissions d’une grande liberté de travail dans un esprit communautaire animé par des personnalités originales et généreuses. Je m’y suis plu d’emblée tout en ayant des difficultés à définir ma place de psychologue.

    J’aspire rapidement à de nouvelles formations et recherche aussi une aide plus personnelle.
Pendant quelques années je participe à des groupes d’analyse transactionnelles dont je tire bénéfice mais me laissent insatisfait dans ma quête de sens et mon travail en institution.

    Je m’oriente vers la psychanalyse: cure personnelle et cours à l’école de la cause freudienne de Bruxelles. Ce fut une étape vraiment importante dont les effets d’après coup se poursuivent encore aujourd’hui. Les concepts de « sujet et Autre barrés » prennent chair dans mon expérience de vie et m’aident à m’orienter par une éthique de vie et de travail. Je deviens psychothérapeute d’orientation psychanalytique en 1995. 

     Les « mathèmes » lacaniens m’intéressent mais j’ai besoin de chaleur et pars à la recherche d’ une approche psychanalytique qui intègre davantage ce que je ressens être un besoin profond tant chez moi que chez les bénéficiaires et patients dont je m’occupe: le juste contact qui autorise à être soi. Psycorps (ASBL) allie approche analytique et techniques corporelles pour contacter le vécu.
Des formations impliquantes, les conférences que je donne, deux bons superviseurs renforcent la confiance en moi pour développer une approche qui m’est personnelle en psychothérapie et dans mon travail institutionnel.

    Je participe quelques années à l’aventure de Sésame (ASBL)  lié à l’ UCL dans un groupe qui réunit des psys, des soignants en hôpitaux et des religieux.

   Je découvre plus tardivement  la proximité de ma démarche avec celle des psychothérapeutes existentiels dans l’œuvre de Viktor Frankl tout en restant orienté par la psychanalyse et la spiritualité chrétienne.

   Que de rencontres le plus souvent heureuses et amicales tout au long de ce cheminement!
Que de ruptures douloureuses et parfois nécessaires!
Surtout, que de recherches, de questionnement et de doutes pour dégager ce noyau vivant, insaisissable, vers lequel il me faut sans cesse faire retour pour inventer un chemin et aider à desserrer les noeuds qui nous aliènent.

Alors pourquoi ce blog?

    Je ne conçois pas la pension (depuis 2016) uniquement comme un temps de repos « bien mérité » agrémenté de loisirs épanouissants. J’accorde une priorité absolue à ma vie de famille en tant que mari, père et grand-père de quatre merveilleux petits enfants mais je reste un citoyen et un « psy » engagé dans les enjeux de notre société en crise. 
   Je poursuis mon travail de psychothérapeute, de superviseur et mes engagements bénévoles au Petit Cèdre (lieu de rencontre enfants-parents inspiré de la Maison Verte), à Résame (réseau de santé mentale à Enghien) et dans un groupe de diaconie (services) paroissiale. Je continue donc à mobiliser ma paresse et mes peurs par l’enjeu éthique qui me met en responsabilité.

    L’écriture m’est indispensable pour doubler la pratique et le vécu. L’ institution dans laquelle j’ai travaillé et le groupement des IMP 140 ont soutenu ce travail d’écriture. Pendant une quinzaine d’années, j’ai coordonné, avec  les amis d’un comité de lecture, la revue des IMP 140 qui a publié de nombreux articles d’intervenants de terrain. Avant mon départ à la pension, j’ai écrit et publié un livre dans lequel j’ai rassemblé mon expérience de travail en institution: « Un avenir pour les pratiques de soin en institution » ( édition du champ-social)
  
    Lorsqu’elle s’inscrit dans une démarche sincère, l’écriture révèle à la fois la fêlure de son auteur et la lumière qu’elle laisse passer. Nous sommes de plus en plus formaté par nos outils informatiques.
Notre vie est de plus en plus conditionnée par l’intelligence artificielle et ses algorithmes.
C’est par notre grain de folie (et l’effort que demande ce blog en est sans doute un) que nous sauvegardons un espace de liberté en assumant notre responsabilité d’être humain dans nos rencontres.

    J’ose espérer que les témoignages et réflexions proposés dans ce blog encourageront le lecteur à oser « trouver-créer » (selon la belle expression du psychanalyste René Roussillon) ses propres repères et à l’encourager à inventer son  chemin comme je continue à le faire.


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