L’intervention de l’INAMI dans le remboursement partiel de 8 séances (maximum) de consultation chez un psychologue conventionné au sein d’un réseau de soins est présenté comme une avancée majeure dans le domaine de la santé mentale.
Ce psychologue « de première ligne » est né du croisement de la politique de paramédicalisation de l’acte psychothérapeutique de la Ministre De Block et du développement des circuits de soin en réseau.
Nous ignorons encore ce que cela donnera concrètement mais nous pouvons déjà émettre quelques craintes:
La paramédicalisation de l’acte psychothérapeutique rend floue la nécessaire distinction entre champ médical et champ de la santé mentale qui ont chacun leurs spécificités.
Le champ médical repose sur un paradigme scientifique et technique, il soigne le corps et ses organes. Depuis Claude Bernard, les progrès importants de la médecine sont liés à la conception du corps « organisme », objet de l’approche techno-scientifique.
Le champ de la santé mentale concerne la personne et opère par une dimension relationnelle médiatisée par des techniques et à l’intérieur d’un cadre. La psychothérapie vise l’accès à une position subjective personnelle dégagée des contraintes psychiques qui l’aliènent et agit en entretenant la perspective d’un projet émancipateur à chaque fois singulier. Les deux champs sont bien sûrs complémentaires et ont des intersections mais il est important de maintenir leur différenciation.
En ce centrant sur des symptômes (dépression, anxiété, addiction à l’alcool) et en valorisant des canevas d’intervention validés par les faits comme en médecine (évidence based practice), ne risque t on pas de perdre cette visée émancipatrice de la psychothérapie. Je crains que l’on ne s’oriente vers une forme de coaching amélioré par des techniques inspirées des
neurosciences, négligeant l’axe principal du travail, la relation transférentielle. C’est en effet cette dernière qui vectorise les autorisations à être soi, à exercer une liberté intérieure et à trouver sens à sa vie au cours du processus psychothérapeutique.
neurosciences, négligeant l’axe principal du travail, la relation transférentielle. C’est en effet cette dernière qui vectorise les autorisations à être soi, à exercer une liberté intérieure et à trouver sens à sa vie au cours du processus psychothérapeutique.
Je crains aussi que ce qui est présenté comme une avancée ne comporte des effets pervers, des paradoxes et des incohérences systémiques qui vont augmenter le stress et la fatigue de l’intervenant de terrain de plus en plus désorienté et assujetti à un système formaté dont il doit nourrir les algorithmes par ses données concernant les patients. Distrait par trop de contraintes et de paradoxes, il perd l’ arrimage à ce qui donne sens à son travail, à son centrage sur soi via l’enjeu éthique.
Cela aura probablement aussi des conséquences sur le patient par la qualité altérée de son écoute et de la relation de confiance. Après la « première ligne » le patient sera orienté vers un «
spécialiste » ou un dispositif du réseau. Il continuera d’apprendre à ne pas trop s’attacher et à éviter le contact avec ses failles profondes de peur d’être laissé tomber!
spécialiste » ou un dispositif du réseau. Il continuera d’apprendre à ne pas trop s’attacher et à éviter le contact avec ses failles profondes de peur d’être laissé tomber!
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Ce qui n’est pas mis en place de manière juste, démocratiquement délibérée en souci du bien commun et non d’intérêts particuliers ne peut qu’augmenter la désorientation et le « burnout » dans notre société.
La ministre De Block a, selon d’attentifs observateurs (1), joué de mensonges et de manque d’ honnêteté dans le débat, en sabotant la Loi Onkelinx-Muylle qui reconnaissait la spécificité de la santé mentale.
La mise en place des psychologues de première ligne s’est faite dans l’urgence et semble avant tout répondre à un impératif de communication politicienne avant les élections fédérales.
Tous ces manquements flagrants à l’éthique fondamentale laissent un goût amer mais doivent
nous encourager à résister.
nous encourager à résister.
(1)Pour plus de précisions lire les remarquables articles de Francis Martens, président de l’Apppsy sur son blog
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