Réunion de concertation sociale à Enghien sur le thème « santé mentale et précarité »
Nos réflexions ont été alimentées par Claire Ganzitti et Fiona Roman de Concertho. Elles ont préciser les aides, disponibles dans le réseau psychiatrique, destinées à limiter la durée d’hospitalisation et à favoriser l’intégration sociale des patients. Ceux-ci sont au centre du processus. Ils sont les utilisateurs de différents type de dispositifs de soins et d’accueils qui se complètent et se modulent en réseau selon leurs besoins et situations (Cadre de la réforme article 107).
Concertho est un service SPAD ( Soins psychiatriques pour personnes vivant à domicile). Il est lié à une zone géographique (qui concerne jusqu’à présent Enghien).
Ses interventions se situent au niveau du réseau. Il facilite les réunions de concertation dans des situations complexes, aide à orienter dans le réseau, organise des groupes de sensibilisation pour les professionnels...
Claire et Fiona nous ont présenté quelques données sur l’ importance de la précarisation dans notre société en partant d’une équation toute simple mais parlante
Pauvreté =peu
Précarité =peur
Voici quelques réflexions étayées par les échanges qui ont accompagnés cette présentation
La qualité d’un réseau destiné à apporter une aide aux personnes précarisées dépend bien entendu de l ‘accessibilité de services et dispositifs mais aussi (et peut-être surtout) de la qualité des liens qui existent entre intervenants et personnes concernées. Je pense que c’est la disponiblité des intervenants qui rend les services utilisables par ceux que leur problématique conduit à l’isolement et au sentiment d’exclusion.
Il me semble donc prioritaire de favoriser le décloisonnement, la collaboration et la solidarité entre nos ressources locales. Décloisonner et s’engager dans des processus solidaires ne signifie pas abonner une identité professionnelle, ni les devoirs liés à sa fonction. Il s’agit de participer à une démarche de cohésion sociale en défendant une valeur centrale: la personne précarisée est un sujet, pas simplement un objet de préoccupation et inquiétude pour un ordre social dont nous serions les représentants de première ligne.
La qualité du travail en réseau dépend de la manière dont une place est laissée ouverte à l’expression et à l ‘écoute des besoins de la personne précarisée mais aussi à ceux des intervenants.
En effet leur disponibilité les expose aux angoisses, distorsions et échos traumatiques cachés derrière l’écran protecteur de la symptomatologie de la précarisation. Les rendez-vous manqués, par exemple, font résonner les échos douloureux de l’enfance négligée ou abandonnique de la personne précarisée.
Le besoin psychique premier des personnes précarisées est de sentir que quelqu’un est capable d’accueillir et d’héberger la part maudite et trop douloureuse de leur personnalité pour retrouver une dignité subjective dans la rencontre.
L’intervenant de première ligne est donc souvent « squatté » dans son corps et sa psyché par tout ce que leurs bénéficiaires ont dû inconsciemment se cacher (dénier) sans l’intégrer, pour sauvegarder un minimum de sécurité intérieure et parfois simplement pour survivre.
Il se protège à bon droit de multiples façons: par son statut professionnel et la distance que lui autorise son cadre de travail, par des alliances de travail avec des collègues ou en réseau, par ses ressources personnelles...
Mais face à l’excès il peut aussi se rigidifier ou s’épuiser en voulant aider coûte que coûte.
À tout ceci s’ajoute le stress lié aux conditions de travail qui deviennent plus inconfortables (gestion horaire, complexité des mandats, paradoxes...). Une partie de l’énergie des intervenants est accaparée par les formations nécessaires pour se mettre à jour, comprendre et s’approprier les changements continus présents dans leur secteur de travail.
C’est dans ces contextes très sollicitants que peuvent se produire un burnout ou des interventions qui font s’effondrer la relation de confiance entre l’intervenant et son bénéficiaire.
Selon moi, un travail de réseau destiné à aider les personnes précarisées ne peut faire l’ économie d’une indispensable réflexion concernant les besoins de l’intervenant pour rester disponible et garder le cap d’une éthique qui soutient la personne précarisée en place de sujet
C’est bien sûr aux intervenants de définir leurs besoins à ce niveau (de manière individuelle et en service).
Mon travail en institution m’a amené à reconnaître la valeur protectrice et créative du travail à plusieurs (équipe, groupes...). J’y retrouve plusieurs dimensions:
L’ intervenant a besoin de déposer ce qui le préoccupe ou le l’inquiète. Parler des situations en réunion d’équipe ou en supervision/intervision permet de se réajuster à la situation. Il s’agit aussi de décloisonner le mode de pensée, en envisageant ensemble de nouvelles approches et s’autoriser à ne pas tout faire. Il est aussi réconfortant et valorisant de profiter de l’expérience des autres et de transmettre la sienne dans une ambiance d’intelligence collective.
Il est aussi très important de se retourner vers Soi, d’utiliser son intériorité et de retrouver le contact avec ses valeurs fondamentales pour se recentrer, retrouver un fil à plomb et son énergie positive.
Nos sensations, intuitions, impressions nous informent aussi sur nos limites et notre équilibre intérieur. Il faut oser exprimer sa saturation et son indisponibilité pour certaines situations.
Gérer ses énergies, se ressourcer, comment faire et s’entraider?
La précarité est un phénomène social qui nous « parle » de la crise profonde que traverse nos sociétés et l’humanité. La réflexion sur ce sujet ne peut faire l’économie d’une contextualisation avec une dimension Politique (grand P), éthique et pourquoi pas spirituelle.
La réflexion collective sur le bien commun, la qualité de « l’entre nous » est une ressource pour l’intervenant, elle l’aide à s’orienter dans sa pratique, le solidarise avec des collègues en partagent les mêmes enjeux.
Pouvons-nous à l’échelon local (Enghien et environs) concevoir des dispositifs stables, bien pensés qui allient ces différentes dimensions et qui répondent aux besoins des intervenants de première ligne confrontés à la précarité ?
Est-ce possible dans une petite ville (je pense à l’importante question du secret professionnel partagé)?
Y a-t-il une volonté politique et professionnelle suffisante pour arriver à vaincre les résistances liées aux habitudes, aux conflits de territorialité ?
Concertho pourra peut-être nous y aider, du moins si notre bonne ville reste rattachée à sa zone géographique ( le facteur d’incertitude kafkaïenne semble faire partie de la donne administrative du travail en réseau).
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