La première ligne
Merci beaucoup à Janaina Costa coordinatrice du réseau Mosaïque de nous avoir informé et consacré une soirée.
Voici une réaction au contenu de cette rencontre.
J’ai été surpris et d’une certaine manière heureux d’apprendre qu’un espace de liberté/rectification existait dans ce réseau aux psychologues qui ont accepté d’entrer dans le système de participer à l’évolution des contenus de la convention pour les adapter aux pratiques. Comme le souligne Janaina cette participation nécessite une tolérance à l’absurde et une confiance dans un processus participatif dont l’objectif final est l’ajustement des pratiques aux besoins.
Avec un peu de recul je reste toutefois sceptique et inquiet.
Quel avenir pour les métiers de la santé mentale nos collègues qui acceptent de jouer le jeu préparent-ils, alors que ce jeu est faussé au départ?
Entrer dans ce système c’est se livrer à l’exercice compliqué d’une double torsion. La première est subie à la base suite au coup de force de madame Deblock qui a vidé la Loi Mule-Onkelinx de son sens en niant la spécificité de la santé mentale et la diversité de ses référents théoriques. Les intervenants tentent de rectifier les effets inappropriés qui en dérivent par une seconde torsion.
Suivant le psychanalyste W. Bion et mon expérience du travail en institution de soin, je sais l’importance des liens contenant-contenus. Ils déterminent cohérence, cohésion et consistance (rapport à la vérité) pour permettre le développement de la pensée (et donc selon Bion du développement psychique).
Une loi cadre est un contenant externe, une référence nécessaire pour organiser des contenus. Est-il possible de bien penser à partir d’un contenant fondé sur le déni et la malhonnêteté intellectuelle?
L’ espace de rectification autorisé n’annule pas l’inconfort et l’insécurité générée par une base légale faussée. La vraie rectification d’une dérive éthique ne peut se faire qu’à partir d’un contenant dont la vocation première est la recherche de la vérité. On peut en douter.
De plus, cet espace est fragile et n’est pas à l’abri d’un nouveau coup de force de l’exécutif sous pression budgétaire.
Vu sous cet angle ce qui se passe en « première ligne » serait
plutôt de nature à « rendre fou » (paraphrase du titre d’un article de H. Searls*) plutôt qu’à préparer un cadre clair pour exercer les métiers de la santé mentale à côté de ceux de la médecine techno-scientifique.
Les intervenants de première ligne « survivront-ils à leur folie » ( paraphrase du titre d’une nouvelle de Kensaburo Oé**)?
Manque de tolérance à l’absurde ou clairvoyance de ma part?
Je précise tout ceci dans le texte suivant**
Luc Laurent
* L’effort pour rendre l’autre fou ,** Dites-nous comment survivre à notre folie
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