vendredi 28 novembre 2025

 Réflexions inspirées par le texte de Mark Hunyadi


Mon cheminement personnel m’a amené à retrouver la Foi de mon enfance sans renier mon attachement et ma gratitude vis à vis de la psychanalyse. 

     

   Pour le croyant, l’Esprit est ce qui alimente un espace intermédiaire d’inspiration, de discernement, d’orientation de vie…entre une personne et son créateur, inconnaissable en soi, mais révélé dans une tradition religieuse. L’Esprit n’est donc pas une propriété individuelle mais est accordé comme un don gratuit qui fait lien entre le plus intime-singulier de l’être humain et l’Instance transcendante à « l’image » de laquelle il est créé. 


   Le souci du croyant est de rester ouvert à sa présence, à son appel inspirant. Sa crainte est de manquer de discernement et se laisser séduire par le mensonge qui pervertit. Le croyant a une conscience aiguë de la puissance de séduction du Mal. C’est le retour vers le « coeur profond » (l’intime) qui permet de discerner ce qui est attendu de notre personne pour qu’elle se réalise pleinement dans une intégration « Corps-Âme-Esprit » en lien fraternel avec les autres. Il permet l’interaction vivante, inventive du corps de la psyché et de l’Esprit (différenciés mais rassemblés dans l’unité de la personne). 

Le coeur profond, « temple de l’Esprit » est aussi l’espace où nous pouvons reconnaître notre vulnérabilité, notre fragilité, nos divisions, confiant dans un Amour inconditionnel. . C’est aussi le lieu  de la solitude, de l’angoisse fondamentale et  du combat jamais gagné vis à vis de la tentation du « non » à l’Esprit et du « oui » à une Idole. 

C’est le vide, signe d’une incomplétude, à partir duquel quelque chose se manifeste  et appelle le sujet (Je) à se fonder de la relation et de la réponse qu’il apporte à ce TU transcendant. « Vide médian » selon l’expression de François Cheng…L’ Ouvert de R. M. Rilke…qui permet cette « puissance de contrefactualité » et de « transcendance vers ce qui n’est pas présent » de monsieur Hunyadi.


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    L’IA nous aide à mieux nous informer, nous organiser, à mieux soigner, à piloter les processus…Rêvons, elle pourrait faire tiers et inspirer des décisions politiques importantes en les sortant du court terme ou du caprice teinté de toute-puissance de certains dirigeants. Elle n’est pas incompatible avec la créativité humaine mais comporte aussi des risques tout comme les religions et les idéologies fermées sur elles-mêmes. Le risque de l’IA qui sollicite et finit par imposer sa médiation entre nous et le monde est de saturer ce vide qui invite au retour vers soi, au recueillement. L’incomplétude fonde notre inaliénable liberté mais est aussi le point faible par lequel l’emprise individuelle et collective est possible. Le recherche du contrôle sur une personne ou une collectivité  passe toujours par la confiscation de ce vide par emprise, effraction, séduction. L’IA cache de puissants intérêts financiers et donc de pouvoir. Je rejoins les craintes que monsieur Hunyadi a mises en évidence. Par son offre interactive efficace, pratique, libidinalement séduisante, l’IA dégage une force attractive et risque de nous enfermer dans le circuit du factuel cybernétique. Ce danger addictif est déjà fort présent aujourd’hui et se manifeste entre autres chez nos enfants, adolescents…Il devient un enjeu global prioritaire si le numérique augmenté s’impose en paradigme de notre relation au monde et devient le référent systémique pour « faire du commun » sous contrôle. Big (Data) Brother 2030?


Le combat pour l’esprit n’est pas nouveau, je crois qu’il a toujours existé. La tentation du circuit fermé et de l’idolâtrie est vieille comme l’humanité et existe en chacun de nous. Ce combat se renouvelle aujourd’hui face aux risques d’une emprise généralisée qu’il ne faut pas minimiser sans verser dans le complotisme.

La proposition de monsieur Hunyadi nous fait réfléchir. L’esprit comme un bien commun de l’humanité à sauvegarder par convention…


 Prenons soin de cet espace Ouvert, personnel, intime et solitaire.

 Pour le croyant c’est le « lieu » où l’Esprit le rencontre, le rejoint, l’appelle, le transforme et crée du commun à partir du singulier. Les religions, les spiritualités (avec discernement et espace de liberté) font partie selon moi de la réponse à la question « comment refaire du commun? ». Ne déconnectons pas la spiritualité de ce qui nous fait humain. Elle n’est pas un accessoire périphérique qui participe au « bien être » de l’individu. Elle est au centre du processus intégratif de la personne et de la conscience d’un bien commun.

La philosophie, la libre-pensée, la psychanalyse…défendent aussi, selon leurs paradigmes et ressources respectifs, cet espace. 

Le travail de psychothérapie et de psychanalyste nous apprend que le sujet humain tient plus que tout au monde à cet espace singulier où il exerce en liberté le « oui » ou le « non » à l’esprit ( comme source d’incomplétude consentie, inspirante, inventive). 

Il y a là une force immense de résistance à ce qui ment, sature, uniformise…

Au-delà des barrières qui séparent nos options de base et nos sensibilités restons conscients d’un enjeu commun.

                                                                                        Luc Laurent 




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