Tout-puissant et bon seigneur que ton esprit vienne au secours de mon peu de Foi
Que le soin infini que tu prends de nous encourage et éclaire notre discernement
Bible et homosexualité
Les partages autour de la Parole ou les échanges entre visiteurs ouvrent des questionnements que je poursuis. Cela m’aide à cheminer sur mon chemin de conversion (personnel et comme thérapeute)
La question du rapport entre bible et homosexualité a été abordée brièvement lors d’un partage de la Parole. J’ai eu envie d’en savoir plus à ce sujet.
Après recherches sur internet ( Wikipédia « Homosexualité dans le christianisme »), je m’aperçois que ce rapport est complexe et a fait l’objets de nombreux commentaires en sens divers (dans l’ancien et le nouveau testament). Il est interessant d’aller lire ( ou relire) tout ceci. Je suis ressorti de cette lecture avec le tournis et de la confusion.
J’ai donc essayé de discerner ma position personnelle pour la partager en Eglise synodale ouverte au discernement personnel. Une Eglise synodale est, selon moi, une Eglise vivante dans laquelle la parole circule et est enrichie par la diversité des points de vue dans l’unité eucharistique.
Je crois qu’en matière de sexualité ce qui est « péché » ( c’est à dire offense au Seigneur, refus de faire librement alliance avec son offre d’Amour) c’est la perversion. Celle-ci consiste à sacraliser un objet du monde et à l’instrumentaliser pour produire une jouissance qui ne trouve pas son accomplissement dans le don mais dans une volonté de puissance ( idolâtrie, fétichisation, relation domination/soumission, emprise, sado-masochisme, pédophilie…). Un brin de perversité peut alimenter l’Eros, le pimenter. Le péché n’est pas là, il est dans le fait de réduire la sexualité à une perversion et ainsi de dégrader la beauté mystérieuse de la rencontre sexuée par la production d’une jouissance idolâtrée ( inscrite dans un scénario pervers par exemple)
La perversité peut constituer une composante plus ou moins importante de notre sexualité. Cela peut se retrouver aussi bien dans une relation homosexuelle qu’hétérosexuelle.
Notre sexualité a pour vocation profonde de s’allier à l’amour qui reconnaît l’autre comme un partenaire, un « vis-à-vis » et en prend soin. L’éros cherche intrinsèquement ( avec l’aide de l’Esprit) à se conjuguer avec le don de soi et donc aussi avec notre spiritualité.
La sexualité est l’une de nos forces de vie, conjuguée à l’amour elle aspire à l’unité Corps-Âme et Esprit dans notre relation au Seigneur. Elle s’exprime par le désir et se consomme dans une relation sexuelle qui implique considération mutuelle des partenaires qui se donnent intimement. Cela implique confiance et fidélité à la parole donnée, échangée. Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible dans une relation homosexuelle. L’orientation sexuelle n’est pas un choix subjectif c’est une donnée avec laquelle on doit composer et cela peut aboutir au choix de couple homosexuel.
La relation sexuelle s’accomplit pleinement lorsqu’elle est bénie et consacrée par le Seigneur et engendre de la vie. Mais sa base fondamentale est de se joindre à l’Amour pour lui donner corps. Elle peut donc aussi avoir une valeur en dehors du mariage et de la procréation et entre personnes de même sexe.
La vie consacrée et l’abstinence choisie favorisent la sublimation de la sexualité. Cela nécessite un difficile et noble combat car la force sexuelle continue d’insister sous sa forme naturelle issue de notre chair. Devant la difficulté de ce combat et malgré l’aide de l’Esprit, certains mettent en place l’imposture douloureuse d’un clivage de leur personnalité entre un secteur pervers caché et un secteur pseudo adapté…
Il existe, je crois, une autre forme de péché que la perversion, c’est celle du refus culpabilisé de sa sexualité, en la considérant comme mauvaise en soi ou par honte d’une orientation sexuelle refoulée ou de ses accointances avec la perversité. Se couper de cette force est une violence faite à la chair. Le refus ( ce n’est pas une abstinence choisie) de mieux connaître sa sexualité peut rigidifier les points de vue vis à vis de l’homosexualité.
Que nous en dit le catéchisme romain? Il propose des repères assez mesurés mais qui peuvent être discutés
-« Les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés ». Non, si « désordonné » désigne le « péché », ils ne sont pas « intrinsèquement » désordonnés s’ils se conjuguent avec un amour véritable et ne se limitent pas à une perversion. Oui ils sont en écart par rapport à des normes et en ce sens provoquent un « désordre » qui provoque des rigidifications défensives mais aussi une possibilité de modifier les représentations à la lumière d’un discernement qui se centre sur les valeurs d’amour, de respect, de consentement, de tolérance à la diversité comme facteur positif d’évolution.
-« …Ils sont contraires à la Loi Naturelle ». La Loi Naturelle en matière de sexualité ne peut être réduite à sa fonction procréatrice . La sexualité est une belle force qui procure un bien-être, un équilibre. Elle contribue à nous « créer » en tant que personne intégrée (Corps-Ame-Esprit). En ce sens elle est toujours pro-créative dans son alliance à l’amour-Amour.
-« …Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable »: mettre trop l’accent sur la « complémentarité » laisse supposer que les rôles complémentaires entre hommes et femmes sont naturellement définis. Il n’en est rien, ces rôles sont culturellement définis et toujours en évolution avec la société dans laquelle on vit. Notre appartenance sexuelle inscrit une différenciation dans nos corps. Cette différenciation, voulue par Notre seigneur, est riche, elle dynamise le désir. Elle permet un « vis à vis » sans confusion ni séparation radicale entre homme et femme. La relation homosexuelle appauvrit bien sûr cette différentiation dans la relation mais ne la supprime pas. « Je » sera toujours différent du « Tu » dans la relation amoureuse (non narcissique). Je et Tu du même sexe, sont tous deux marqués du mystère de leur irréductible altérité personnelle. Le choix amoureux du couple homosexuel implique d’assumer ce défaut d’altérité corporelle non pas comme un péché mais comme une différence problématique (un ?et des …) que l’on remet en confiance dans les mains miséricordieuses du Seigneur.
Prions pour une Eglise ouverte et vivante. Faisons des signes d’accueil à tous ceux dont nous trouvons la conduite « désordonnée » ils peuvent élargir nos horizons.
Luc Laurent ( novembre ‘25)
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