vendredi 28 novembre 2025

 Tout-puissant et bon seigneur que ton esprit vienne au secours de mon peu de Foi

  Que le soin infini que tu prends de nous encourage et éclaire notre discernement                                                   






                                          Bible et homosexualité


      Les partages autour de la Parole ou les échanges entre visiteurs ouvrent des questionnements que je poursuis. Cela m’aide à cheminer sur mon chemin de conversion (personnel et comme thérapeute)

La question du rapport entre bible et homosexualité a été abordée brièvement lors d’un partage de la Parole. J’ai eu envie d’en savoir plus à ce sujet.

Après recherches sur internet ( Wikipédia « Homosexualité dans le christianisme »), je m’aperçois que ce rapport est complexe et a fait l’objets de nombreux commentaires en sens divers (dans l’ancien et le nouveau testament). Il est interessant d’aller lire ( ou relire) tout ceci. Je suis ressorti de cette lecture avec le tournis et de la confusion. 

J’ai donc essayé de discerner ma position personnelle pour la partager en Eglise synodale ouverte au discernement personnel. Une Eglise synodale est, selon moi, une Eglise vivante dans laquelle la parole circule et est enrichie par la diversité des points de vue dans l’unité eucharistique.

       Je crois qu’en matière de sexualité ce qui est « péché » ( c’est à dire offense au Seigneur, refus de faire librement alliance avec son offre d’Amour) c’est la perversion. Celle-ci consiste à sacraliser un objet du monde et à l’instrumentaliser pour produire une jouissance qui ne trouve pas son accomplissement dans le don mais dans une volonté de puissance  ( idolâtrie, fétichisation, relation domination/soumission, emprise, sado-masochisme, pédophilie…). Un brin de perversité peut alimenter l’Eros, le pimenter. Le péché n’est pas là, il est dans le fait de réduire la sexualité à une perversion et ainsi de dégrader la beauté mystérieuse de la rencontre sexuée par la production d’une jouissance idolâtrée ( inscrite dans un scénario pervers par exemple)

La perversité peut constituer une composante plus ou moins importante de notre sexualité. Cela peut se retrouver aussi bien dans une relation homosexuelle qu’hétérosexuelle. 


Notre sexualité a pour vocation profonde de s’allier à l’amour qui reconnaît  l’autre comme un partenaire, un « vis-à-vis » et en prend soin. L’éros cherche intrinsèquement ( avec l’aide de l’Esprit) à se conjuguer avec le don de soi et donc aussi avec notre spiritualité. 

La sexualité est l’une de nos forces de vie, conjuguée à l’amour elle aspire à l’unité Corps-Âme et Esprit dans notre relation au Seigneur. Elle s’exprime par le désir et se consomme dans une relation sexuelle qui implique considération mutuelle des partenaires qui se donnent intimement. Cela implique confiance et fidélité à la parole donnée, échangée. Je ne vois pas pourquoi cela ne serait pas possible dans une relation homosexuelle. L’orientation sexuelle n’est pas un choix subjectif c’est une donnée avec laquelle on doit composer et cela peut aboutir au choix de couple homosexuel.

La relation sexuelle s’accomplit pleinement lorsqu’elle est bénie et consacrée par le Seigneur et engendre de la vie. Mais sa base fondamentale est de se joindre à l’Amour pour lui donner corps. Elle peut donc aussi avoir une valeur en dehors du mariage et de la procréation et entre personnes de même sexe.

La vie consacrée et l’abstinence choisie favorisent la sublimation de la sexualité.  Cela nécessite  un difficile et noble combat car la force sexuelle continue d’insister sous sa forme naturelle issue de notre chair. Devant la difficulté de ce combat et malgré l’aide de l’Esprit, certains mettent en place l’imposture douloureuse d’un clivage de  leur  personnalité entre un secteur pervers caché et un secteur pseudo adapté…

Il existe, je crois, une autre forme de péché que la perversion, c’est celle du refus culpabilisé de sa sexualité, en la considérant comme mauvaise en soi ou par honte d’une orientation sexuelle refoulée ou de ses accointances avec la perversité. Se couper de cette force est une violence faite à la chair. Le refus ( ce n’est pas une abstinence choisie) de mieux connaître sa sexualité peut rigidifier les points de vue vis à vis de l’homosexualité. 



 Que nous en dit le catéchisme romain? Il propose des repères assez mesurés mais qui peuvent être discutés


-« Les actes homosexuels sont intrinsèquement désordonnés ». Non, si « désordonné »  désigne le « péché », ils ne sont pas « intrinsèquement » désordonnés s’ils se conjuguent avec un amour véritable et ne se limitent pas à une perversion. Oui ils sont en écart par rapport à des normes et en ce sens provoquent un « désordre » qui provoque des rigidifications défensives mais aussi une possibilité de modifier les représentations à la lumière d’un discernement qui se centre sur les valeurs d’amour, de respect, de consentement, de tolérance à la diversité comme facteur positif d’évolution.


-« …Ils sont contraires à la Loi Naturelle ». La Loi Naturelle en matière de sexualité ne peut être  réduite à sa fonction procréatrice . La sexualité est une belle force qui procure un bien-être, un équilibre. Elle contribue à nous « créer » en tant que personne intégrée (Corps-Ame-Esprit). En ce sens elle est toujours pro-créative dans son alliance à l’amour-Amour.


-« …Ils ne procèdent pas d’une complémentarité affective et sexuelle véritable »: mettre trop l’accent sur la « complémentarité » laisse supposer que les rôles complémentaires entre hommes et femmes sont naturellement définis. Il n’en est rien, ces rôles sont culturellement définis et toujours en évolution avec la société dans laquelle on vit. Notre appartenance sexuelle inscrit une différenciation dans nos corps. Cette différenciation, voulue par Notre seigneur, est riche, elle dynamise le désir. Elle permet un « vis à vis » sans confusion ni séparation radicale entre homme et femme. La relation homosexuelle appauvrit bien sûr cette différentiation dans la relation mais ne la supprime pas. « Je » sera toujours différent du « Tu » dans la relation amoureuse (non narcissique). Je et Tu du même sexe, sont tous deux marqués du mystère de leur irréductible altérité personnelle. Le choix amoureux du couple homosexuel implique d’assumer ce défaut d’altérité corporelle non pas comme un péché mais comme une différence problématique (un ?et des …) que l’on remet en confiance dans les mains miséricordieuses du Seigneur.


Prions pour une Eglise ouverte et vivante. Faisons des signes d’accueil à tous ceux dont nous trouvons la conduite « désordonnée » ils peuvent élargir nos horizons.


                                                     Luc Laurent ( novembre ‘25)




 


 La fable du grand inquisiteur constitue un chapitre important des « frères Karamazov » de F. Dostoïeveski. Ce « grand inquisiteur » peut nous aider à comprendre pourquoi nous pouvons trouver notre « bonheur » dans des relations de soumission/domination aliénantes pour notre liberté.

L’action se situe en Espagne au 16 ième siècle. Jésus revient sur terre pour voir comment se comporte l’humanité. Le grand inquisiteur membre éminent de l’Eglise le fait arrêter et le condamne à mort. Son message de liberté et d’amour risque de perturber l’ordre social bien établi, régulé par les autodafés. Son message est encombrant.

Selon l’inquisiteur l’être humain est incapable de supporter le poids de cette liberté qui lui a été offerte. Elle le conduit au malheur. Les autorités s’arrangent donc, pour son « bonheur », de le manipuler par la force du « mystère » du « miracle » et du « pouvoir »

(Je serais tenté de rapprocher le « mystère » de l’opacité toute-puissante des décisions de certains dirigeants; le « miracle », des mensonges à vocation pseudo performative; le  « pouvoir », de l’idolâtrie charismatique entretenue par certains dirigeants).

Cette fable révèle sans doute une vérité profonde que beaucoup partagent. Oui notre liberté essentielle ( pas celle de choisir tel ou tel produit, telle ou telle modalité de plaisir ou de distraction, ni celle qui consiste à affirmer sa toute-puissance…) n’est pas facile à assumer. Elle est vertigineuse, dépasse souvent nos forces et  s’accompagne d’angoisse. Pour le croyant elle convoque l’alternative  entre le non et le oui, entre le néant et un sens mystérieux, incertain et transcendant, impliquant une perte d’autonomie du « moi » à réorienter vers le bien commun et une confiance dans une Altérité interne. 

Chacun ne crée-t-il pas ( n’invente-t-il pas?) ses propres aménagements en assumant plus ou moins les implications de cette liberté essentielle et accordée. Ne jugeons pas ces aménagements mais restons conscients que cette difficile (impossible?) liberté est au cœur de notre dignité humaine et de notre projet d’accomplissement (jamais abouti).

La fable se termine par un baiser de Jésus sur les lèvres « exsangues et vieillies » de l’inquisiteur. Ce dernier ressent une chaleur dans son cœur mais maintient son point de vue. Les êtres humains sont plus heureux dans l’aliénation qu’en assumant leur liberté et il faut des dirigeants habiles pour les en distraire. Le Christ n’est toutefois pas mis à mort, libéré, il s’en va dans les rues sombres de la ville….le suivre dans son utopie ou celle qu’Albert Camus développe dans « la pensée de midi » (L’homme révolté)?

Fable puissante, bien actuelle qui donne à réfléchir.

Réfléchissant encore au texte de madame Tulkens et suite à la lecture d’un article du monde diplomatique ( Pour en finir avec le chantage à la dette- F. Lordon octobre 2025), je me dis que l’articulation structurelle et dynamique ( démocratie, état de droit, droit de l’homme/dignité) cache un quatrième terme dont le pouvoir est déterminant. C’est celui du marché et donc des investisseurs qui fixent notamment le taux de la dette des états. Peut-être est-ce le grand inquisiteur de notre temps?

 Réflexions inspirées par le texte de Mark Hunyadi


Mon cheminement personnel m’a amené à retrouver la Foi de mon enfance sans renier mon attachement et ma gratitude vis à vis de la psychanalyse. 

     

   Pour le croyant, l’Esprit est ce qui alimente un espace intermédiaire d’inspiration, de discernement, d’orientation de vie…entre une personne et son créateur, inconnaissable en soi, mais révélé dans une tradition religieuse. L’Esprit n’est donc pas une propriété individuelle mais est accordé comme un don gratuit qui fait lien entre le plus intime-singulier de l’être humain et l’Instance transcendante à « l’image » de laquelle il est créé. 


   Le souci du croyant est de rester ouvert à sa présence, à son appel inspirant. Sa crainte est de manquer de discernement et se laisser séduire par le mensonge qui pervertit. Le croyant a une conscience aiguë de la puissance de séduction du Mal. C’est le retour vers le « coeur profond » (l’intime) qui permet de discerner ce qui est attendu de notre personne pour qu’elle se réalise pleinement dans une intégration « Corps-Âme-Esprit » en lien fraternel avec les autres. Il permet l’interaction vivante, inventive du corps de la psyché et de l’Esprit (différenciés mais rassemblés dans l’unité de la personne). 

Le coeur profond, « temple de l’Esprit » est aussi l’espace où nous pouvons reconnaître notre vulnérabilité, notre fragilité, nos divisions, confiant dans un Amour inconditionnel. . C’est aussi le lieu  de la solitude, de l’angoisse fondamentale et  du combat jamais gagné vis à vis de la tentation du « non » à l’Esprit et du « oui » à une Idole. 

C’est le vide, signe d’une incomplétude, à partir duquel quelque chose se manifeste  et appelle le sujet (Je) à se fonder de la relation et de la réponse qu’il apporte à ce TU transcendant. « Vide médian » selon l’expression de François Cheng…L’ Ouvert de R. M. Rilke…qui permet cette « puissance de contrefactualité » et de « transcendance vers ce qui n’est pas présent » de monsieur Hunyadi.


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    L’IA nous aide à mieux nous informer, nous organiser, à mieux soigner, à piloter les processus…Rêvons, elle pourrait faire tiers et inspirer des décisions politiques importantes en les sortant du court terme ou du caprice teinté de toute-puissance de certains dirigeants. Elle n’est pas incompatible avec la créativité humaine mais comporte aussi des risques tout comme les religions et les idéologies fermées sur elles-mêmes. Le risque de l’IA qui sollicite et finit par imposer sa médiation entre nous et le monde est de saturer ce vide qui invite au retour vers soi, au recueillement. L’incomplétude fonde notre inaliénable liberté mais est aussi le point faible par lequel l’emprise individuelle et collective est possible. Le recherche du contrôle sur une personne ou une collectivité  passe toujours par la confiscation de ce vide par emprise, effraction, séduction. L’IA cache de puissants intérêts financiers et donc de pouvoir. Je rejoins les craintes que monsieur Hunyadi a mises en évidence. Par son offre interactive efficace, pratique, libidinalement séduisante, l’IA dégage une force attractive et risque de nous enfermer dans le circuit du factuel cybernétique. Ce danger addictif est déjà fort présent aujourd’hui et se manifeste entre autres chez nos enfants, adolescents…Il devient un enjeu global prioritaire si le numérique augmenté s’impose en paradigme de notre relation au monde et devient le référent systémique pour « faire du commun » sous contrôle. Big (Data) Brother 2030?


Le combat pour l’esprit n’est pas nouveau, je crois qu’il a toujours existé. La tentation du circuit fermé et de l’idolâtrie est vieille comme l’humanité et existe en chacun de nous. Ce combat se renouvelle aujourd’hui face aux risques d’une emprise généralisée qu’il ne faut pas minimiser sans verser dans le complotisme.

La proposition de monsieur Hunyadi nous fait réfléchir. L’esprit comme un bien commun de l’humanité à sauvegarder par convention…


 Prenons soin de cet espace Ouvert, personnel, intime et solitaire.

 Pour le croyant c’est le « lieu » où l’Esprit le rencontre, le rejoint, l’appelle, le transforme et crée du commun à partir du singulier. Les religions, les spiritualités (avec discernement et espace de liberté) font partie selon moi de la réponse à la question « comment refaire du commun? ». Ne déconnectons pas la spiritualité de ce qui nous fait humain. Elle n’est pas un accessoire périphérique qui participe au « bien être » de l’individu. Elle est au centre du processus intégratif de la personne et de la conscience d’un bien commun.

La philosophie, la libre-pensée, la psychanalyse…défendent aussi, selon leurs paradigmes et ressources respectifs, cet espace. 

Le travail de psychothérapie et de psychanalyste nous apprend que le sujet humain tient plus que tout au monde à cet espace singulier où il exerce en liberté le « oui » ou le « non » à l’esprit ( comme source d’incomplétude consentie, inspirante, inventive). 

Il y a là une force immense de résistance à ce qui ment, sature, uniformise…

Au-delà des barrières qui séparent nos options de base et nos sensibilités restons conscients d’un enjeu commun.

                                                                                        Luc Laurent 




 Prendre soin et se sentir responsable en Eglise

             

   L’église occidentale manque de prêtres. Ceux-ci sont débordés par les tâches à accomplir. Elles sont à la fois organisationnelles, sacerdotales et pastorales dans une société individualiste et matérialiste mais où la quête spirituelle reste très présente. Pas facile d’être prêtre dans notre monde actuel. On leur reproche de ne pas en faire assez ou d’en faire trop.


  Notre Eglise (comme notre société) est en crise et en évolution. 

L’Eglise devient plus synodale, moins strictement hiérarchisée. De très belles choses sont en train de se réaliser. Le journal Dimanche et la vie en Unité Pastorale en témoignent. De plus en plus de laïcs sont amenés (souvent bénévolement) à participer à la vie de l’Eglise. Certains s’engagent dans le diaconat.  Comme St François à San Damiano, ils entendent peut-être l’appel du Christ en croix qui les invite à « réparer son Eglise qui menace ruine ». J’exagère un peu bien sûr mais le manque de prêtres et leur fatigue ouvre un espace de participation plus active et plus profonde de la part de laïcs, hommes et femmes. C’est une occasion de renouvellement spirituel et organisationnel de l’Eglise. Une chance à saisir. Un Kairos, moment décisif à saisir de rencontre avec le Seigneur


    Je crois que les laïcs ont envie de s’engager dans la vie de l’Eglise mais qu’ils tiennent à conserver un espace de liberté pour discerner le cadre et les limites de cet engagement. Certains craignent d’être instrumentalisés et aliénés par une structure trop hiérarchisée ( et trop conservatrice).

Il est important que les laïcs se sentent autorisés à inventer (trouver) le cadre d’engagement dans lequel ils se sentent à l’aise. Ils doivent faire l’expérience de pouvoir poser leurs limites, de dire non et oui librement pour prendre soin d’eux-mêmes, se protéger. Ces expériences renforcent la confiance en soi et en l’institution. Prendre soin de soi, c’est d’abord rester a l’écoute de ses besoins profonds de sécurité. S’ils sont reconnus, il est plus facile d’accueillir ce que l’Esprit nous inspire en nous invitant à sortir de notre cadre, à déplacer nos limites au nom d’un bien commun dont les multiples visages nous invitent à la fraternité et à la rencontre.

C’est à partir de nos limites librement posées que nous pouvons nous laisser convoquer hors de notre cadre de sécurité pour nous associer à des enjeux éthiques et découvrir un espace où la Présence de Dieu nous justifie par un amour inconditionnel qui nous responsabilise, nous met en chemin.


   Essayons de mieux comprendre les mécanismes des craintes qui nous empêchent de répondre aux sollicitations de l’Esprit. De nombreux laïcs ont peur de s’engager en Eglise.

Celle-ci est communauté des croyants, Corps du Christ, témoin actif de la Bonne Nouvelle, mais elle a aussi abusé de son autorité légitime. Comme toute institution, elle cherche à pérenniser son pouvoir dans le monde.

L’Eglise a entretenu le sentiment de culpabilité et une relation de dépendance pour assurer son pouvoir (emprise?) sur les consciences. Tradition multi-séculaire infantilisante compliquant l’accès à une Foi adulte basée sur un libre consentement. Il y a les petits oui et non de la vie quotidiennes et ceux qui sont plus fondamentaux.

Le « Oui » a la relation que propose le Seigneur nous rend Vivants, désireux de partager une joie fraternelle. Le « Non » nous isole et nous rend vulnérable au mensonge, à la séduction du mal. Le « Oui » nous expose à l’inconnu. On s’y risque par la confiance en un Amour qui se révèle par et dans le Christ. Le « Non » renforce la fausse croyance en une auto-détermination dans la quête du bonheur. « L’individu » qui se sur-affirme par le « Non » au spirituel se croit autonome, il doit « gérer » sa trajectoire personnelle, il est responsable de tout. Cette croyance n’est elle pas l’une des causes du « burn out » dont on parle tant. Elle invite aussi l’individu angoissé par son propre néant à chercher des coupables (l’étranger, le mendiant qui fait tache…).

En entretenant des relations de dépendance basées sur la domination -soumission, l’Eglise n’a t elle pas  rendu opaque l’espace de liberté que Dieu nous accorde pour faire le choix de l’aimer en retour?

La vie spirituelle de nombreux chrétiens est imprégnée d’un sentiment de culpabilité continu semblable a celui des enfants qui ont peur de perdre l’amour de papa ou maman. Ils se méfient de l’Eglise en tant qu’institution.


Les prêtres, diacres et les laïcs sont maintenant plus que jamais liés par une même responsabilité.

Nous devons tous ensemble prendre soin de la Vérité que l’Eglise manifeste au monde. C’est celle de la révélation accomplie en Christ de l’amour fidèle du Père pour ses créatures. Jésus Christ, Verbe incarné, est mort sur la croix et ressuscité pour nous rendre à notre liberté, voulue par Dieu, de l’aimer en retour à travers nos frères. Le Christ libère notre capacité d’aimer des entraves du sentiment de culpabilité et de nos protections égotistes.

Il nous met debout, adultes dans la Foi.


L’engagement des laïcs et le défi lié à la diminution du nombre des prêtres doivent êtres éclairés par cette responsabilité partagée.

Se sentir autorisé à inventer le cadre de son engagement et à mettre ses limites personnelles permet de faire l’expérience, en Eglise, de cette liberté que Dieu nous accorde pour nous sentir appelés et mobilisés par son Amour.

L’obéissance est nécessaire mais elle doit être débarrassée du sentiment infantil de culpabilité.

Prendre soin de soi, des autres et de l’Eglise ne sont pas incompatibles si l’Esprit les rassemble.


                                                                      Luc Laurent

samedi 19 août 2023

                                                   La leçon de Colette



        Yves Persoons et moi-même avons réalisé quelques interviews de personnalités qui ont travaillé dans notre institution.  

Leurs témoignages font mémoire de périodes passées. Ils nous aident à saisir l’évolution de la culture de travail et à prendre conscience des valeurs qui en fondent l’identité profonde.  Éducatrice, cuisinière, professeure, religieuse et directrice se sont prêtées au jeu.

J’aimerais rendre un hommage posthume  à une grande dame qui a marqué l’histoire de Sainte Gertrude. Il s’agit de Madame Colette Lauwers décédée le 7 août 2022.

Cet hommage concerne aussi toutes celles et ceux qui ont contribué à la fécondité de cette période de la vie institutionnelle particulièrement riche et motivante.

En institution tout se tient. Mettre quelqu’un en évidence sous-entend que bien d’autres, non nommés, ont participé à l’œuvre commune. Éclairer la créativité d’une période c’est aussi rendre implicitement hommage à celles qui l’ont précédées mais restent dans l’ombre. L’évolution de « l’institution Sainte Gertrude »  s’est  faite par transformations dans la continuité plutôt que par ruptures.

         Yves et moi avons enregistré son témoignage  le 13 septembre 2019 , chez elle, rue J. Jordaens à Bruxelles.  Elle avait accepté cette rencontre avec joie et peut-être aussi un peu d’appréhension.  Replonger dans le passé nécessite un effort de mémoire et entraîne le retour de souvenirs agréables mais aussi des difficultés traversées.  Elle avait déjà jeté tous ses agendas et donc renoncé à écrire l’histoire de son passage dans l’institution.

L’interview est donc un support précieux pour en percevoir les grandes lignes et peut-être y entendre le message sous-jacent. 


Cette interview a fait l’objet d’un montage d’une dizaine de minutes réalisé par Yves.

La version complète de plus d’une heure est disponible dans les «mémoires »  plus ou moins accessibles des ordinateurs de Ste Gertrude.


                                              L’interview 


 Entre « » les expressions littérales de Colette ; en italique, réflexions et ajouts personnels.


             Deux périodes dans l’institution


     En septembre 1954, Colette est engagée comme maîtresse spéciale en « démutisation » à l’école d’enseignement spécial créée en 1950.  L’appellation logopède n’existait pas encore à l’époque.  

Elle prestait aussi quelques heures à « l’internat » en tant qu’assistante en psychologie. Elle y réalisait des bilans psychologiques et accueillait les enfants en crise à l’école dans un « ravissant petit bureau ». Déjà à cette époque, une attention particulière était portée au besoin de l’enfant d’être accueilli avec ses révoltes, angoisses et conflits.  Cette bruxelloise, fille unique de bonne famille, était impressionnée par la taille des bâtiments qu’elle apercevait du vieux train des bois qu’elle prenait chaque jour.  « L’accueil de la communauté religieuse fut remarquable » et les appréhensions rapidement balayées.  Elle fut séduite par le «  sens de l’évolution » dont a toujours fait preuve l’institution et par « la « qualité de fêter les choses » pour alimenter l’enthousiasme, rompre avec le quotidien et découvrir d’autres facettes des collègues et enfants ».

Elle y resta jusqu’en 1962.  Ces 8 années furent, selon son expression « le moment le plus marquant » de sa carrière.  Elle y rencontra l’enthousiasme de création, la volonté de réussir, l’accueil spontané des enfants.  Tout ceci vécu dans la réalité du quotidien et de moments plus festifs.  Ainsi en 1958 l’institut (école et internat confondus) fêta les 100 ans de sa fondation par Mère Gertrude dont la vie fut mise en scène dans un spectacle réalisé par les enfants sous la houlette d’une religieuse artiste.  

Les enfants accueillis étaient le plus souvent victimes d’abandon et de négligences. Ils trouvaient à Brugelette un accueil attentif à leurs besoins et à leur valeur en tant que personne.  « Cela l’est toujours actuellement » ajoute Colette, mais cela s’exprime autrement.  À l’époque, « les collaborations se jouaient, se vivaient », ce n’était pas du discours.  « On était multiforme » selon les nécessités. La vie communautaire était très vivante  associée à une vie religieuse fort présente.  Tout cela a créé un fort « lien d’attachement » à l’institution.

Après son départ, elle se consacra à son autre institution de coeur, l’institut Marie-Haps de Bruxelles (qui forme des logopèdes, des assistant.e.s en psychologie dont des psychomotricien.ne.s, des audiologues et des traducteurs interprètes)

Elle y exerça comme professeure de pratique professionnelle et contribua à valoriser la logopédie en tant que discipline à part entière.  Elle a tenu des séminaires à la Ligue bruxelloise d’hygiène mentale pour y sensibiliser des enseignants d’écoles spéciales, des infirmières , des kinésithérapeutes et des assistants en psychologie.  Elle joua un rôle « d’interface » entre l’école Marie-Haps et l’institut de Brugelette qui constituait un excellent terrain de stage.  Certaines logopèdes et assistantes en psychologie y ont poursuivi leur carrière.


   En 1976, la communauté religieuse la sollicite pour devenir directrice de l’internat et du sémi-internat. Écoles et IMP avaient commencé de se séparer.  La gestion unitaire était devenue compliquée vu les différences de statut du personnel et les réglementations relevant d’instances administratives et ministérielles différentes.

Elle accepta cette lourde responsabilité après mure réflexion.  Le oui l’emporta car de nombreuses personnes connues auparavant y travaillaient encore. Elle savait pouvoir compter sur la collaboration de la communauté religieuse.  Elle devint directrice en juin 1976 et resta à ce poste jusqu’en juin 1996.  Lourde responsabilité à laquelle elle s’est consacrée pour guider une institution qui n’a cessé d’évoluer.


            Des « défis »:


- Elle a été la première directrice laïque et a dû entretenir un équilibre délicat entre communauté religieuse et personnel laïc qui se professionnalisait et se masculinisait.  C’est, je pense, grâce à ce travail « d’interface » que les religieuses ont pu , petit à petit, se retirer en confiance tout en restant présentes discrètement dans l’ensemble communautaire ainsi que dans la vie des membres du personnel lors de circonstances exceptionnelles.


- « L’équilibre financier » a été une préoccupation importante et constante avec des périodes très difficiles.  Ainsi durant trois mois, l’institution n’a plus reçu aucun subside et a dû puiser dans ses réserves pour payer le personnel. L’institution a aussi connu plusieurs périodes de grèves. 


- Elle a donné une place centrale à l’éducateur dans le travail d’accueil.  Elle a valorisé son rôle et encouragé les formations notamment à l’école de Roux après la fermeture de l’école d’éducateurs de Brugelette.

Colette a fait appel à monsieur Bernard de Hennin pour réaliser deux audits (1988-91) qui ont contribué à libérer les éducateurs d’une trop importante tutelle des « techniciens » (assistantes sociales et psychologues).




- Il s’agissait aussi « d’ouvrir l’institution à l’extérieur ».  


    Le 135° anniversaire fêté en 1993 a eu pour thème « Une institution ouverte dans la communauté ».  Ce fut un évènement qui impliqua l’ensemble du personnel.

L’image de la grotte-tunnel initiatique aménagée par Paul Maistriaux et ses collaborateurs dans la salle aux oiseaux est encore présente dans la mémoire de beaucoup. Il y a eu un colloque lors duquel, pour la première fois, l’on rendait compte de notre travail, de son bien-fondé à l’égard d’enfants et de jeunes exclus de partout.  Ce fut aussi un temps d’échanges et de questionnements.

 

   Colette a encouragé « l’essaimage » de projets pour « sortir des grands murs ».  La Casa à Lessines (accueil d’adolescentes) , Le Hêtre Vert à Gages (accueil d’adolescents) . A Ath, Les Feux Follets (accueil de jour pour enfants) , La Palatoise  (accueil de jour pour adolescents) , Les Liserons (accueil de jour pour adolescentes) , Le Préambule (jeunes psychotiques), La Farfouillette (atelier de couture et magasin de seconde main) et Le Chainon ( autonomie adolescentes).

Ces projets excentrés rencontraient des besoins spécifiques mais comportaient plus de risques, plus de responsabilités et d’engagement.  La gestion financière de ces unités compliquait la comptabilité générale.  Ce furent de riches expériences limitées dans le temps.


 Des activités de loisirs et les camps de vacances étaient une autre manière de s’ouvrir à l’extérieur.  Les camps de vacances existaient déjà et se sont développés davantage encadrés par des membres du personnel et des bénévoles.

 Partir plus loin, proposer des activités plus aventureuses permettait aux jeunes de se confronter à leurs limites tout en étant accompagnés. 

Le sport ne fut pas négligé.  Des jeunes encadrés par des parents et membres du personnel ont  participé à des manifestations sportives comme le Spécial Olympics et les 24h vélo de Chimay…

Colette a aussi soutenu et encouragé l’expression artistique, autre manière de s’ouvrir à l’intérieur comme à l’extérieur de l’institution. 

Annie Eppe a été une cheville ouvrière de l’art-thérapie dans notre institution.  Ses spectacles mettaient en valeur les capacités créatives et expressives des jeunes qui avaient aussi l’occasion de participer à des festivals.

Camps, activités, sports, projets extérieurs naissaient d’initiatives de terrain portées par des membres du personnel qui bénéficiaient d’un espace de liberté en phase avec les valeurs de l’institution, soutenus par la direction.

Les photos réalisées par Yves P témoignent de la variété et de la richesse de tous ces moments partagés.  Elles constituent une banque de souvenirs précieux pour les bénéficiaires qui les réclament.


  Le Comité des Amis récoltait des fonds pour améliorer le quotidien des enfants.  Ses bénévoles organisaient des soupers gastronomiques et parfois un concert dont l’un avec Pierre-Alain Volondat premier prix du Reine Elisabeth.

Colette  se souvient avec émotion de l’achat des lampes de chevet et de carpettes pour rendre les alcôves plus personnelles. 

L’aide financière a aussi permis l’aménagement d’un mur d’escalade et d’autres réalisations concrètes.


- Autre défi : différencier écoles et IMP autrefois intriqués sous une direction commune.  Cela se réalisa progressivement et parfois difficilement, avec des tensions et des ressentiments.


- Les jeunes deviennent adultes et il a fallu décider d’ouvrir ou non une nouvelle section dans une institution dont le fondement est orienté vers les enfants et adolescents.  C’est une maman de jeune adulte qui, par son mécénat et sa ténacité, a favorisé l’ouverture de cette section et la création de « La Branche d’Olivier » à Ath.  D’autres parents ont soutenu et encouragé cette initiative avec l’aide de membres du personnel.



        « L’esprit de Brugelette»


 L’engagement de Colette était alimenté par un esprit propre à l’institution, hérité de sa fondatrice et de la communauté religieuse.  La directrice pouvait compter sur la collaboration de personnes toujours dévouées à cet esprit.

Voici ce que Colette en dit :  Cet esprit est caractérisé par une « dimension d’accueil », que ce soit vis-à-vis des enfants ou des membres du personnel.

« La confiance » accordée à chacun, lui permet de bénéficier d’un espace d’initiative et de responsabilité.  

Une « qualité de vie communautaire » réunit les différentes unités notamment lors de fêtes ou d’évènements.


          Un message?


 En fin d’interview, j’ai demandé à Colette si elle avait un message à adresser à la génération actuelle.  Voici sa réponse, presque mot à mot: 


« Qu’elle garde cet  esprit de créativité, de désir d’évoluer en fonction de l’époque, en restant ouverte aux désirs et demandes des jeunes qu’elle reçoit.  C’est un état d’esprit à sauvegarder pour que la routine du travail et les règles de contrôle que l’état est en train d’installer dans toute la société et les associations d’aide ne viennent pas ternir ce désir de changement, ce désir de vie.  Parce que cet hyper contrôle des actes que chaque éducateur et technicien doit poser a certainement un aspect de contrainte paradoxale à la vie.  Il faut être très vigilant pour que ces conséquences de l’âge numérique n’éteignent pas la force de spontanéité et d’humanité sensible à l’évolution du monde ».











                                Que nous transmet ce témoignage?


   La période évoquée dans cet interview paraîtra peut-être dépassée et lointaine.

Elle fait  peut-être aussi l’objet d’une idéalisation à postériori.  

Chaque période de la vie institutionnelle présente des opportunités et des difficultés qui peuvent devenir source de nouveaux projets mais aussi de « burn out », expression d’une souffrance  au travail.

Chaque membre du personnel perçoit l’institution à sa manière.

Chacun en a une expérience différente en fonction de ses réussites et de ses déceptions. Chacun retirera donc ses leçons personnelles du témoignage de Colette.  Je vous livre mes réflexions.


- Importance des premières années de travail pour créer un bon lien d’attachement à l’institution. La notion de « confiance » revient plusieurs fois.   Je crois en effet qu’elle est essentielle.  Pas d’engagement personnel dans un travail difficile basé sur la qualité des relations sans espace de liberté-créativité-responsabilité.

L’attachement positif se crée lorsque nos jeunes forces rencontrent un terreau fertile, une terre vivifiée par un enthousiasme collectif.  Cet enracinement est-il encore possible aujourd’hui?  Il faut sans cesse réveiller l’enthousiasme des origines.

La plupart des personnes qui travaillent au Centre Ste Gertrude y restent longtemps et sont contentes d’y travailler.  L’institution évolue constamment et c’est parfois avec un peu de nostalgie que l’on se souvient de la période féconde et dépassée qui a permis l’expression de notre créativité.  La leçon de Colette est de nous inviter à accepter cette évolution tout en restant arrimés à des valeurs fondamentales .  « L’institution doit évoluer pour rester vivante ».  Au prix de l’effort et de la persévérance, elle peut utiliser les tensions qui l’agitent pour se transformer en gardant un sens des valeurs.  Pour Colette la valeur essentielle est dans la rencontre de l’enfant, du jeune, de l’adulte en lui attribuant sans condition une valeur personnelle et en lui offrant un espace pour évoluer. 

Pour quelques uns dont Colette, ces valeurs laïcisées trouvent un plein épanouissement dans la Foi et la rencontre de Jésus-Christ. Le fondement de la communauté par Mère Gertrude reste présent à l’esprit de beaucoup comme le témoigne l’attachement à l’appellation Ste Gertrude lors de la recherche de la nouvelle appellation « Centre St Gertrude »


- La responsabilité de direction est lourde. Colette l’évoque discrètement « J’ai mis deux ans à me remettre après mon départ ».  Il s’agit bien sûr de soutenir des défis, de gérer le quotidien et ses innombrables problèmes concrets qui attendent des réponses rapides.  Il s’agit aussi de calmer les angoisses, de remettre les « canards de couloirs » à leur place et d’assurer une contenance qui assure la cohésion d’une communauté complexe.  Cela demande une énergie énorme d’autant plus que la direction est souvent prise à partie et mise en cause quand quelque chose se passe mal ou qu’un évènement traumatique réactive les défenses archaïques de la sidération et du clivage.

Colette nous offre une leçon d’engagement dans la durée.

Pas d’idéalisation: la période évoquée était très chargée en enjeux émotionnels.  Les colères de Colette étaient parfois épiques et certains restent marqués pas ses remarques cinglantes. Certaines décisions furent jugées injustes.

Le vécu communautaire souffrait d’une carence de structuration de l’axe hiérarchique. L’audit réalisé entre 1989 et 1991avec M. Bernard de Hennin a tenté de résoudre le problème en assimilant l’institution à une ‘entreprise’ non marchande.  Les résistances à cet essai ont renforcé la recherche d’un modèle alternatif dans lequel l’axe vertical et l’axe transversal sont reconnus nécessaires l’un à l’autre, complémentaires et parfois conflictuels.  Les échanges dans des espaces transitionnels sont valorisés pour mobiliser les tensions. 

L’institution semble actuellement toujours en recherche du meilleur modèle (auquel il faut peut-être renoncer pour que le mouvement et la « Vie » soient possibles?).


- Colette s’est souvent trouvée à « l’interface ».  Elle avait compris toute l’importance de cette fonction.  L’interface permet les différenciations en entretenant un espace de parole, de concertation pour percevoir les complémentarités mais aussi transformer les inévitables tensions en se ralliant  à un bien commun supérieur en restant pleinement acteur.

Je pense que cette fonction d’interface qui entretient l’espace transitionnel, permet d’évoluer en conservant la cohésion communautaire.

C’est, selon moi, la reconnaissance  de son importance qui fait que l’institution arrive à traverser tempêtes et traumatismes.


-« L’essaimage hors les murs » a été un épisode important de l’évolution de l’institution. Cette orientation audacieuse permettait à la fois de mieux répondre à des besoins spécifiques, de mieux collaborer avec d’autres partenaires (du réseau avant la lettre) et de permettre une différenciation interne de l’institution par des projets cohérents, autonomes. Cette dynamique du « projet » s’est progressivement intériorisée  dans l’ensemble institutionnel. Associée au travail de réseau, elle paraît évidente aujourd’hui. Cette expérience de l’essaimage a servi de laboratoire de recherche en avance sur les prescrits administratifs.


-Colette a encouragé la réflexion, prémisses d’un processus continu soutenu par la question « Qu’est ce qui fait institution ? ». Outre le colloque-happening du 135 iéme, elle organisa plusieurs conférences avec des personnalités charismatiques. Guy Gilbert (« Un prêtre chez les loubards »), Jean Lerminiaux (médecin-fondateur de La Petite maison, il avait aussi travaillé à l’IMP), Mony  Elkaïm (thérapeute familial systémique), S. Tomkiewicz ( psychiatre au centre de semi-liberté pour adolescents à Vitry)…ont animés ces intéressantes conférences et soirées en présence d’un public varié.

Elle a aussi permis la tenue de séminaires au sein de l’institution et a soutenu la pluralité des référents théoriques de la psychologie clinique (psychanalyse et systémique principalement).

L’institution n’a jamais cherché à trouver sa cohérence de pratiques par un cadre de référence théorique unique mais plutôt dans le mouvement d’une clinique et d’une éthique orientées par le souci de l’enfant fragilisé. 

 


- Malgré son âge respectable, Colette restait très attentive et un peu inquiète quant à l’évolution du monde.  Au-delà de cette inquiétude que nous partageons, son témoignage nous transmet quelque chose qui en fait tout le prix.

Avec humilité et par l’exemple, il nous fait entendre cette petite voix immémoriale qui nous accompagne dans les aléas de la vie et nous dit « N’aie pas peur, ne désespère pas, garde confiance en la Vie ». Confiance en ce coeur profond  source de compassion qui nous maintient en humanité lorsque nos points de repères se dérobent, que la solitude devient souffrance et que le terme de notre chemin s’entrevoit.  Merci Colette.



                                                                                     Luc Laurent


                                                                                     Février 2023